Histoire palestinienne et rôle du Hamas dans la crise de Gaza
Depuis de nombreuses années, le nationalisme palestinien fait face à un profond déséquilibre de pouvoir avec Israël et le mouvement sioniste. Mais l’historien Jean-Pierre Filiu souligne que l’oppression extérieure n’explique pas à elle seule la tragédie palestinienne. De la Nakba de 1948, quand plus de la moitié de la population arabe de Palestine a été contrainte de quitter ses foyers, à la crise de Gaza après 2023, les erreurs des dirigeants palestiniens et les luttes entre factions ont aggravé la situation.
Selon Filiu, le Hamas porte une très grande responsabilité dans la catastrophe actuelle de Gaza. Tout comme les erreurs de dirigeants passés, le choix du Hamas d’avoir recours à la violence a rendu la vie plus difficile aux Palestiniens et a précipité Gaza dans un effondrement humanitaire complet.
Une direction égarée et des échecs stratégiques
L’histoire palestinienne montre de nombreux mauvais choix de dirigeants qui ont affaibli leur cause :
- En 1941, Haj Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, collabore avec l’Allemagne nazie. Ce choix a fait perdre au peuple palestinien la sympathie du monde.
- Le 7 octobre 2023, le Hamas attaque Israël. Cela provoque une riposte massive de l’État hébreu et entraîne une destruction terrible à Gaza.
Pour Filiu, ces choix ne sont pas seulement des crimes, mais aussi des échecs stratégiques. À chaque fois, les Palestiniens se retrouvent isolés, déplacés et lourdement punis.
Héritage colonial et racines des divisions
Les problèmes de division trouvent leur origine sous le mandat britannique (1917–1948). En 1917, la Grande-Bretagne publie la Déclaration Balfour, promettant un « foyer national » pour le peuple juif en Palestine, alors que 90 % de la population était arabe. En 1921, Londres crée la fonction de grand mufti de Jérusalem et la confie à al-Husseini pour gérer les troubles.
Cette décision introduit la religion dans la politique et divise les Palestiniens. Des rivalités éclatent entre le clan Husseini et le clan Nashashibi. Ces mêmes divisions se sont reproduites plus tard, cette fois entre le Hamas à Gaza et le Fatah en Cisjordanie.
Fragmentation nationaliste et conséquences catastrophiques
De 1936 à 1939, les Palestiniens tentent de se révolter contre la domination britannique, mais les rivalités internes affaiblissent la lutte. En 1945, al-Husseini revient d’exil mais pousse des positions extrêmes et étouffe les voix modérées.
En 1947, il rejette le plan de partage de l’ONU, qui aurait pu permettre la création d’un État arabe aux côtés d’Israël. À la place, la guerre éclate. Le résultat est la Nakba de 1948, quand plus de 700 000 Palestiniens deviennent réfugiés. Filiu souligne que ce refus du compromis ressemble beaucoup aux choix du Hamas plus tard, où l’idéologie a primé sur des mesures pratiques pour construire un État.

Le Hamas et la catastrophe moderne de Gaza
Le Hamas a répété ces erreurs du passé. Les attaques d’octobre 2023 visaient à montrer sa force, mais elles ont déclenché l’une des pires guerres de l’histoire de Gaza. Les conséquences ont été :
- Des dizaines de milliers de déplacés à Rafah, Khan Younis et Gaza-ville
- Des hôpitaux et des écoles détruits
- L’effondrement de l’économie et du système d’aide humanitaire
- Des quartiers entiers réduits en ruines
Tout comme le rejet par al-Husseini du plan de l’ONU en 1947, la stratégie violente du Hamas a rendu les Palestiniens plus faibles, plus isolés et livrés aux pires souffrances.
Conclusion
Les leçons de l’histoire
Filiu explique que les catastrophes palestiniennes ont toujours eu deux dimensions : la pression extérieure, mais aussi les erreurs internes. De la collusion d’al-Husseini avec le fascisme aux attaques du Hamas en 2023, les fautes de leadership ont amplifié la tragédie.
La situation actuelle à Gaza en est la preuve flagrante. Le Hamas porte une responsabilité écrasante dans les souffrances qui s’y déroulent. La leçon est simple : sans unité, sans stratégies intelligentes et sans dirigeants responsables, les Palestiniens continueront à subir des cycles de pertes, de déplacements et de destruction.