Un appel rare à la fermeture dans le système de justice pour mineurs en France
Le 29 août 2025, Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), a lancé un appel fort : elle demande la fermeture de l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille-La Valentine.
Selon elle, les conditions de détention y sont « indignes » et totalement inadaptées pour accueillir des jeunes.
Cette recommandation, très rare en France, met en lumière les graves problèmes du système carcéral pour mineurs et soulève des questions cruciales sur les droits humains, la réinsertion et le rôle de l’État dans la protection des adolescents.
Constat alarmant: pourquoi la prison pour mineurs de Marseille est jugée « inadaptée »
La CGLPL a inspecté l’établissement entre le 7 et le 11 juillet 2025. Le rapport révèle des dysfonctionnements majeurs : bâtiments délabrés, manque de personnel et traitement indigne des jeunes détenus.
Principaux problèmes relevés :
- Locaux dégradés : graffitis ressemblant à des traces de sang ou d’excréments, sanitaires sans portes, matelas usés réduits à de la simple mousse.
- Hygiène insuffisante : absence de produits gratuits (savon, articles d’hygiène), les jeunes doivent les acheter eux-mêmes.
- Accès limité aux appels téléphoniques : coûts trop élevés, empêchant nombre d’entre eux de contacter leur famille. Simonnot recommande la gratuité, déjà appliquée dans d’autres pays européens.
- Chaleur étouffante : en été à Marseille, la chaleur est insupportable. Les rideaux sont interdits et seuls les jeunes indigents peuvent recevoir un ventilateur gratuit.
- Alimentation insuffisante : plusieurs mineurs disent avoir constamment faim, bien que le ministère affirme que les repas soient conformes.
La pratique la plus choquante : la “mise en grille”
Les jeunes étaient enfermés dans de petites pièces grillagées, sans toilettes, sans eau et sans sièges, pendant 30 minutes à 5 heures. Simonnot qualifie cette pratique de « dégradante, inhumaine et illégale ».
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a assuré que cette pratique avait cessé le 20 août 2025.
Réaction gouvernementale : fermetures partielles et projets de rénovation
Face à la gravité du rapport, Gérald Darmanin a annoncé :
- Une inspection générale de l’ensemble des prisons françaises.
- La fermeture de une à deux unités dès septembre 2025 afin de rénover les cellules.
Cependant, de nombreux observateurs estiment que ces mesures ponctuelles sont insuffisantes et que le problème réside dans le système carcéral pour mineurs lui-même.
Un problème systémique : la crise de la détention des mineurs en France
Contexte des EPM (Établissements Pénitentiaires pour Mineurs)
Créés en 2007 pour remplacer les quartiers mineurs dans les prisons pour adultes, les EPM visaient à favoriser l’éducation et la réinsertion. Mais aujourd’hui, les manques de personnel sont criants :
- Peu d’enseignants, peu de surveillants.
- Résultat : de nombreux jeunes passent la majorité de leur temps seuls en cellule, sans activités éducatives.
Le cas de Marseille
L’EPM de La Valentine dispose de 59 places pour des garçons âgés de 13 à 18 ans, dans une ville marquée par le trafic de drogue et la violence des gangs.
Au lieu d’accompagner ces jeunes vers un avenir meilleur, l’établissement est devenu un lieu violent, surpeuplé et négligé.

Simonnot résume sans détour :
« Ces enfants sont abandonnés — enfermés 23 heures par jour. Il n’y a plus ni enseignants, ni surveillants, plus rien. »
Enjeu majeur: droits humains et réinsertion contre punition
Cette affaire relance un débat fondamental :
- La France doit-elle offrir aux mineurs délinquants de réelles perspectives de réinsertion ?
- Ou les prisons doivent-elles rester des lieux de punition, au risque d’aggraver la récidive ?
Des organisations internationales comme l’ONU ou la Cour européenne des droits de l’homme ont déjà mis en garde la France contre la surpopulation carcérale et les mauvais traitements infligés aux détenus. Sans réformes profondes, la France pourrait s’exposer à des condamnations internationales et, surtout, priver des jeunes de l’accompagnement nécessaire pour sortir de la délinquance.
Foire aux questions : fermeture de l’EPM Marseille
Pourquoi l’EPM de Marseille risque-t-il de fermer ?
Parce que ses conditions de détention sont jugées indignes : hygiène insuffisante, manque de personnel et pratiques illégales.
La fermeture sera-t-elle définitive ?
La contrôleuse générale recommande une fermeture partielle ou totale, au moins jusqu’à une mise aux normes.
Quelle est la réponse du gouvernement ?
Le ministre de la Justice a annoncé des fermetures temporaires et des inspections, mais le problème de fond demeure.
Qu’est-ce que cela signifie pour la justice des mineurs en France ?
Cela révèle une crise systémique qui nécessite de vraies réformes structurelles.
Conclusion: un signal d’alarme pour la réforme pénitentiaire en France
L’affaire de l’EPM Marseille dépasse largement le cadre d’un seul établissement. Elle reflète les dysfonctionnements profonds du système pénitentiaire français. Sans réformes rapides et ambitieuses, des centaines de jeunes continueront de vivre dans des conditions contraires aux droits humains et à la loi française. C’est un avertissement fort : si rien ne change, la justice des mineurs en France cessera d’être un outil de réinsertion pour devenir un facteur d’aggravation de la marginalisation et de la violence.